Tirer les leçons de l’été

L’urgence climatique nous interpelle. La canicule, les incendies et autres tornades et tempêtes que nous avons subis en cet été 2026 frappent les esprits et effraient. Ces phénomènes d’une violente intensité nous amènent à redonner la première place de nos préoccupations à l’essentiel : pouvoir poursuivre nos vies dans une planète vivable et laisser à nos enfants un monde où ils n’auront pas à se terrer pour échapper à une chaleur étouffante, où ils ne manqueront ni d’eau, ni d’alimentation, ni d’énergie, un monde que des conditions extrêmes, de profondes inégalités et des pouvoirs malfaisants ne feront pas sombrer dans la violence, un monde où il sera encore possible d’être heureux.

Nous, Français, commencions depuis quelques années déjà à admettre que l’épuisement des ressources en énergies fossiles et la fin de l’énergie facile allaient profondément impacter notre façon de vivre. Nous comprenons désormais dans la douleur de cet été suffoquant qu’adapter notre société à la nouvelle donne climatique devient l’urgence. Cette prise de conscience peut être salutaire si elle déclenche chez nos concitoyens une réflexion approfondie sur les objectifs et le fonctionnement de notre société.

En analysant lucidement les causes des phénomènes que nous venons de subir de plein fouet, nous pourrons ensemble conclure que les réponses à apporter à la nouvelle donne climatique et énergétique convergent vers celles à mettre en œuvre pour faire face aux autres grands défis auxquels nous sommes confrontés : inégalités sociales grandissantes, pertes de souveraineté, périls géopolitiques, déclins industriel et agricole, difficultés budgétaires de l’État, remise en cause de notre protection sociale, crise morale et intellectuelle, régression de notre cohésion sociale.

En poussant l’analyse un peu plus loin, nous comprendrons que les maux dont nous souffrons sont exacerbés par un système économique et social soumis depuis des décennies à une idéologie néo-libérale terriblement injuste et néfaste. Nous prendrons alors conscience que ce système est la principale source de nos difficultés et que que seul un changement de modèle permettra de nous donner les moyens de les surmonter.

Voilà le sens du combat politique de Réagir !, notre forum citoyen, expliquer qu’il est temps de terminer le cycle du néo-libéralisme effréné et mondialisé et que nous devons, à l’échelle de l’Union européenne ou à défaut à celle de la République française, remettre en selle une approche keynésienne compatible avec la nouvelle donne géopolitique et apte à répondre aux formidables enjeux que nous devons et pouvons encore surmonter.

Pour convaincre notre population de la pertinence de ce message, nous avons besoin de toutes les forces de bonne volonté disponibles pour l’appuyer, économistes, intellectuels, universitaires, syndicalistes, journalistes, citoyens de la société civile. Dans notre démocratie républicaine, un projet de société ne peut cependant se concrétiser que s’il est porté par des organisations politiques de premier plan, capables de se rassembler pour le faire aboutir. C’est pourquoi il faut impérativement que les partis de la Gauche et du Centre, seuls à même d’adhérer au changement de modèle que nous préconisons, se saisissent aussi de cet objectif de nouveau modèle économique et social et en fassent tout à la fois l’élément fédérateur de leur union et le fer de lance de leurs programmes politiques respectifs.

Si ces conditions sont réunies, alors il sera possible pour la France et les Français de sortir de ce trop long cycle néolibéral qui nous conduit vers l’inconnu d’une fuite en avant et d’éviter les aventures populistes aussi dangereuses que le système qu’elles prétendent vouloir abattre. Plutôt que de s’embourber dans ces voies sans issue, les Français pourront unir leurs forces pour la mise en œuvre d’une politique volontariste, capable de faire face et oeuvrant d’abord pour la défense de l’intérêt général.