Dans le concert des futurs candidats à l’élection de 2027, certaines voix s’élèvent ces dernières semaines pour proposer d’alléger tout à la fois les charges des entreprises sur les salaires et les cotisations sociales que supportent les salariés – avec pour corollaire l’augmentation du salaire net. Tout cela devant être financé par une hausse de la CSG/CRDS/TVA.
Ce type de politique économique, qui relève d’un simple rafistolage du modèle actuel, appelle les trois remarques suivantes :
1°) baisser la fiscalité et les charges des entreprises ne garantit jamais que les économies réalisées généreront des investissements productifs. En l’absence de perspectives sur la demande, elles risqueront plutôt de se transformer en dividendes distribués, en investissements financiers, voire en hausses de salaire des dirigeants.
2°) compenser ces baisses de fiscalité et de charges par des hausses de la CSG/CRDS/TVA pénaliserait injustement les bas revenus et, en touchant la consommation, aurait un fort effet récessif sur la croissance.
3°) baisser les cotisations salariales pour augmenter les salaires nets, alors que rien ne dit que les produits fiscaux de remplacement abonderaient au même niveau les régimes de protection sociale, reviendrait à sacrifier le revenu différé qui bénéficie aux salariés jusqu’à la fin de leurs jours pour une hypothétique hausse immédiate du salaire net. C’est une politique de gribouille !
Les Français ont-ils besoin de ce genre de rafistolage ? Les enjeux sont tels dans la nouvelle ère géopolitique où nous entrons qu’il faut présenter à nos concitoyens une autre ambition. Celle qui consiste à changer de modèle économique et à quitter une politique monolithique de « l’offre » pour adopter la logique d’un keynésianisme repensé pour s’adapter aux contours de l’Union européenne, une politique de la « demande effective » complétée si besoin par un volet d’offre ciblé.
Indépendamment du rythme auquel l’Union européenne changera de cap, mettre en œuvre une politique de cette envergure est possible dès maintenant au niveau de la France. En affectant à des plans massifs de relance par l’investissement la part des aides aux entreprises injustifiée, inefficace ou contestable, il est possible pour la France d’apporter les premières réponses aux défis qui nous font face tout en créant de l’emploi et en stimulant une croissance vertueuse. Une telle réaffectation budgétaire peut être chiffrée. En dégageant ces ressources, nous pourrions durablement tangenter les 2% annuels d’augmentation du PIB, ce qui desserrerait les taux d’intérêt et rendrait notre dette à nouveau soutenable. Nous aurions alors les moyens de nous engager sérieusement dans la réindustrialisation de notre pays, une réindustrialisation socialement utile, écologique, souveraine et bénéfique à tous les citoyens français.
