Pour tourner la page du néolibéralisme qui domine la planète et nous conduit vers toutes sortes de catastrophes, pour échapper aux aventures populistes dont les idéologies ont depuis trop longtemps dangereusement gagné les esprits, il est impératif que des leaders d’opinion et des organisations politiques se rassemblent autour de la conviction qu’il faut proposer une perspective à la hauteur des enjeux, dessiner un horizon et redonner de l’élan aux forces de progrès. Seule la mise en œuvre d’un nouveau modèle économique basé sur les principes keynésiens répond à ces problématiques, qu’il faudra implanter idéalement au niveau de l’Union européenne – c’est l’eurokeynésianisme- ou à défaut à l’échelle de la République française.
Déjà quelques idées-clé à remettre au premier plan de la pensée des forces progressistes conduisent inéluctablement à la nécessité d’un changement de modèle économique.
La justice sociale est plus que jamais indispensable.
Devant les catastrophes climatiques qui se succèdent, les politiques de tous bords s’efforcent de convaincre les Français de leur prise en compte de ces grands défis et de leur capacité à les surmonter. En vérité, ceux qui ne conjuguent pas dans un même projet politique les objectifs d’adaptation climatique et énergétique et celui de la réduction des inégalités sociales sont dans l’erreur ou dans le déni. L’adaptation de notre société à la nouvelle donne climatique et énergétique imposera des remises en cause profondes pour tous et l’effort opiniâtre de chacun. L’adhésion de l’ensemble des citoyens à ces remises en cause et à ces efforts sera une condition sine-qua-none du succès et celle-ci ne sera envisageable que si les citoyens ont le sentiment d’être traités équitablement. La justice sociale, légitime de tout temps du point de vue moral, éthiquement incontournable pour éviter de faire supporter le poids des nouvelles contraintes d’abord aux catégories les plus défavorisées, devient une nécessité impérieuse du succès de l’adaptation de nos sociétés aux nouvelles conditions environnementales. Cet objectif de justice sociale ne pourra pas être atteint si le modèle néolibéral, mondialisé et monétariste continue de dominer le Monde.
Le dogme du « tout-marché » doit être remis en cause et les infrastructures stratégiques doivent être reprises en main au bénéfice de l’intérêt général.
Une société basée essentiellement sur la logique de marché et la concurrence entre ses acteurs ne pourra pas répondre au colossal défi de la transition énergétique et du réchauffement climatique. L’ampleur et l’urgence des solutions à mettre en œuvre ainsi que la vision à long terme qu’elles réclament imposent le retour à une planification nationale comme la France l’a connue avec succès à la fin de la dernière guerre. Les monopoles naturels (production/distribution électrique, exploitation des réseaux ferroviaire et routier etc.) et la gestion publique des biens communs (eau, air, santé etc) devront être préservés/reconstitués comme des leviers majeurs de la politique à mener pour la nécessaire transformation de la société et la défense de l’intérêt général.
Cette nécessité de reprendre la main sur les secteurs stratégiques d’intérêt général rejoint l’objectif de relance des services publics indispensable au renforcement de la cohésion de notre société et à la réduction des fractures sociales. Elle concourt aussi à la préservation de notre souveraineté et à la défense de notre liberté.
Nous avons besoin d’un État fort, démocratique et efficace.
La planification des investissements et actions nécessaires au renforcement de notre pays face aux crises climatiques et énergétiques, la relance des services publics, la réduction des fractures sociales ainsi que la conduite d’une politique économique nouvelle supposent un État doté des pouvoirs et moyens à la hauteur des enjeux, un État-stratège capable de mettre en œuvre une vision à long terme sur tous ces aspects. Cette volonté de redonner un rôle central à l’État va de pair avec la nécessité de rendre plus démocratiques ses institutions et plus efficaces les différentes organisations et entités qui le composent. À cet égard, le terme « État » utilisé ici recouvre l’ensemble des Pouvoirs publics nationaux et territoriaux, dont il faudra définir la meilleure articulation pour atteindre les objectifs de démocratie et d’efficacité recherchés.
Nous devons défendre la souveraineté du peuple français en Europe et dans le Monde.
Pour prendre les mesures qui s’imposent afin d’adapter notre pays à la crise climatique et énergétique et relancer son économie, nous devrons accroître notre liberté de décision et d’action, tant au niveau européen qu’au niveau mondial, ce qui n’est pas antinomique de collaborations internationales pertinentes. Dans un monde qui devient toujours plus complexe et dangereux, ce besoin de souveraineté vaudra pour tous les autres domaines stratégiques pour notre avenir et devra s’exercer contre tous ceux qui veulent nous soumettre.
Le patriotisme économique doit être utilisé comme levier de la nécessaire ré-industrialisation du pays et de sa transition agricole.
Pour améliorer notre résilience face aux défis climatiques et énergétiques, pour réduire notre propre impact sur ces crises, pour nous donner les moyens de réduire nos dépendances industrielles, agricoles, technologiques et financières, il nous faudra redresser l’économie du pays et préserver la capacité de l’État à s’endetter pour des investissements d’avenir. Il faudra le faire en privilégiant les activités qui contribueront à limiter notre impact climatique et celles qui renforceront notre souveraineté. Pour y parvenir, nous ne devrons pas hésiter à mettre en œuvre une politique de patriotisme économique favorisant nos entreprises, que ce soit avec ou sans le soutien de nos partenaires européens.
La place, le rôle et le fonctionnement du marché doivent être redéfinis.
La place, le rôle du marché et son fonctionnement devront être redéfinis. Servir l’intérêt général devra être sa première mission. Les activités indispensables au fonctionnement de la Nation et à sa souveraineté devront être privilégiées. Les productions utiles à tous et vertueuses dans leur processus de fabrication devront être soutenues. L’emploi local devra être favorisé. Les circuits courts encouragés. La concurrence déloyale devra être bannie, le dumping social aussi. Ces changements ne pourront être menés à bien que grâce à une nouvelle politique et à de nouvelles règles du jeu mises en place si besoin grâce à une négociation vigoureuse avec nos partenaires européens.
Changer de modèle économique et revenir aux idées de Keynes : un impératif absolu pour réussir.
Répondre à chacun de ces objectifs conduit à se heurter à une même problématique qui, à défaut d’être résolue, fera inexorablement échouer tout programme politique de progrès. Cette problématique commune, c’est le modèle économique qui sous-tend le fonctionnement de nos sociétés. L’ensemble de l’humanité vit en effet depuis des décennies sous le régime d’une mondialisation qui a imposé une idéologie néolibérale, libre-échangiste et monétariste privilégiant la concurrence entre les peuples dans une fuite en avant faisant fi des limites planétaires, générant d’insoutenables inégalités sociales et conduisant à une perte de souveraineté des Nations au profit d’une toute petite minorité de puissants. Ce modèle néolibéral/monétariste a été la cause principale du déclin de notre pays et de celui de l’Union européenne, même si certains de ses Etats-membres ont cru pouvoir bâtir leur avenir sur des succès économiques qui seront de fait sans lendemain : en imposant sans vision une politique rigide d’austérité, il a ligoté les capacités de nos pays à assurer leur présent et à préparer leur avenir.
L’impasse politique dans laquelle nous nous trouvons tient au fait que tous les partis d’opposition dénonçant le néolibéralisme, son emprise sur la construction européenne et ses obsessions idéologiques en faveur de la concurrence ou du libre-échange global, se montrent incapables d’esquisser les contours d’un modèle de remplacement.
Comment, dès lors, les électeurs peuvent-ils prendre au sérieux la contestation vide d’alternative de ces partis lorsqu’ils évoquent les dégâts du néolibéralisme ? Comment ne pas comprendre la colère de ces mêmes électeurs quand l’incapacité des oppositions de gauche à tracer un chemin différent de l’orthodoxie libérale montre leur indigence intellectuelle et leur impuissance ? Ce qui est encore plus grave pour ces oppositions, c’est qu’elles continuent de défendre au fil des scrutins, des revendications que l’actuel cadre économique maastrichtien ne pourra et ne voudra jamais satisfaire. Les électeurs en ont fait l’amère expérience car, qu’ils votent à droite ou à gauche, c’est finalement la même politique qui triomphe. Et si par bonheur quelques avancées significatives sont arrachées, elles sont contournées, digérées, par la logique du système libéral ou, comme pour les « 35 heures », progressivement effacées. Ces électeurs l’ont désormais compris : c’est normal que rien ne change, puisque dans tous les cas les partis s’appuient sur le même modèle économique. Et à leurs yeux, cette Gauche qui leur fait des promesses qu’elle ne peut pas tenir, est soit incompétente soit malhonnête, en se servant cependant d’eux pour sauver ou gagner des sièges. Et c’est la démocratie qui en sort perdante.
Pourtant, une alternative au néolibéralisme mondialisé existe. C’est d’ailleurs la seule possible dans nos économies de marché : revenir aux idées de JM Keynes et mettre en œuvre un modèle économique keynésien, réinventé, adapté aux conditions géopolitiques de notre époque, idéalement à l’échelle européenne – c‘est l’eurokeynésianisme-, à défaut au niveau de la République française.
Le sens de notre projet politique est là : convaincre autour de nous de la nécessité pour les forces de progrès de se rassembler autour du projet eurokeynésien pour reprendre notre destin en main, redonner confiance en l’avenir et affronter tous les défis qui nous font face.
Version du 14 septembre 2026. Ce texte est appelé à évoluer au fil de nos travaux.
